Ece Temelkuran talked about 'Sounds of Bananas' and ...
Extraits traduits du turc par Canan Marasligil et à paraître dans Anthologie auteurs
contemporains turcs: Volume I chez Publie Net.
Ce document contient la traduction en français des sections suivantes du roman original :
- Pages 1 à 19, dans l'ordre original (livre troisième suivi du livre premier).
- Pages 145 à 150, un chapitre sous forme d'une lettre qui précède le livre second.
- Pages 159 à 163, chapitre 2 du livre second.
Canan Marasligil
LE SON DES BANANES
Beyrouth, Oxford, Istanbul, 2009
LIVRE 3e
LA POUSSIÈRE
La vérité était dans la poussière, je l'ai vue...
J'ai ouvert la fenêtre. Le vent de l'automne 2006 s'est précipité dans la maison, comme des
mains s'allongeant à l'infini.
Une nuée d'oiseau velléitaire derrière moi :
Les pages que j'avais collées au mur sans y laisser un blanc et dont j'avais tapissé le sol en
les pressant sous des pierres se sont envolées. Au fur et à mesure que les pierres dévalaient, une
histoire et tous ses passagers chaviraient.
La maison n'est à présent rien d'autre qu'une histoire.
Ni ce vieux pull jaune ne me va, ni ce pantalon noir... Je me suis entièrement habillée de
l'histoire de quelqu'un d'autre. Moi aussi, je suis désormais une de ces pierres chavirées par le vent.
Je peux à présent raconter une histoire.
Je peux redevenir... poussière.
Ces derniers temps, suivre la situation en Tunisie et celle de son parti islamique modéré au pouvoir Ennahda donne la sensation de revoir un film ennuyeux pour la deuxième fois. Le chef d’Ennahdha, Rached Ghannouchi, parle déjà comme si lui et ses militants avaient été les instigateurs du printemps arabe, non seulement en Tunisie mais également dans tout le monde arabe, sans parler du fait qu’ils se revendiquent être le seul exemple réussi de transition vers la démocratie. Aux déclarations antérieures du parti, vient s’ajouter cette phrase : « C’est nous qui avons été les victimes réelles du régime Ben Ali, non les gauchistes ». Tout cela me rappelle les premières années de l’AKP, le parti au pouvoir en Turquie. Il n’est pas étonnant que le parti Ennahdha ait maintes fois annoncé qu’il adopterait «le modèle turc” quand il était en lice pour les élections. De toute évidence, Ennahdha a emprunté à l’AKP le ” génie du discours,” qui a longtemps paralysé l’opposition turque en créant une hégémonie des déclarations dans la sphère publique et dans les milieux intellectuels. En Turquie, ce génie du discours est très pratique et sert non seulement les objectifs politiques du parti, mais légitime aussi systématiquement toute mesure politique contre la démocratie, l’égalité sociale, et parfois même la raison. Le génie d’un couteau suisse !
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